Garry Kasparov, ancien champion du monde et l’un des meilleurs joueurs d’échecs de tous les temps, avait coutume de dire qu’il n’existait pas de « sport » plus pénible que les échecs. C’est sans doute l’argument le plus utilisé par ceux qui soutiennent cette hypothèse. On est pourtant en droit de se poser la question : s’asseoir sur une chaise, déplacer des pièces sur un échiquier, réfléchir… ce triptyque est-il suffisant pour parler d’un « sport » au sens premier du terme ?

Jeu d’échecs : accordons-nous d’abord sur la définition du « sport »

Loin de nous de faire durer le suspense, on vous livre donc la réponse à la question posée en introduction tout de suite : oui, le jeu d’échecs est un sport… mais pas dans l’acceptation populaire du terme. Beaucoup de personnes considèrent les échecs comme un passe-temps, un hobby, voire un jeu de société. Le son de cloche est différent du côté des grands maîtres des échecs, qui se considèrent (parfois) comme des athlètes à part entière.

Ne pas considérer les échecs comme un sport serait aussi aberrant que de réduire la Formule 1 à une conduite urbaine à haute vitesse, ignorant la préparation physique et mentale intenses des Lewis Hamilton et autres Sébastian Vettel. De la même manière, on n’accède pas au statut de champion du monde de échecs sans être particulièrement résilient, à la fois au niveau physique et psychique. Tenir plusieurs heures devant un échiquier, sans ébranler sa concentration, en réfléchissant intensément, sans perdre son sang-froid… n’est-ce pas là une performance sportive ?

Echecs : comment se prépare un Garry Kasparov ?

Le cliché du joueur s’entraînant assis dans une pièce sombre, devant son jeu d’échec en bois, n’est justement rien d’autre qu’un cliché. La preuve nous est donnée par Garry Kasparov, ancien champion du monde des échecs et l’un des meilleurs joueurs de tous les temps, qui avait révélé son rituel d’entraînement pour rester au top.

Au cours de sa longue et fructueuse carrière de joueur professionnel, Kasparov a essayé plusieurs méthodes de préparation mentale pour rester compétitif. Point d’orgue de cette préparation : le temps accordé au repos. En effet, Garry accorde une grande importance à la gestion de son temps, particulièrement à la gestion de ses heures de sommeil, afin de donner assez de temps à son cerveau pour récupérer des parties éprouvantes auxquelles il le soumet. A ce propos, Kasparov explique : « Ma capacité à suffisamment dormir, peu importe la difficulté de la situation dans un tournoi ou dans un match, peu importe le niveau de pression sur mes épaules, a toujours été un élément clef de mon succès ».

La qualité du sommeil a non seulement des vertus mentales, mais aussi, de toute évidence, physiques. Pour Kasparov, le corps sain est dans un esprit soin… mais la condition physique est capitale, faisant parfois la différence lorsque les parties s’allongent et que le mental déteint sur le physique.

Joueuses d'échecs

Les échecs sont-ils alors un sport de compétition ?

Une partie d’échecs n’est pas aussi physique qu’un match de rugby, un 100 mètres ou un marathon. Mais cela ne veut pas dire que le jeu ne peut prétendre à être un sport de compétition. Il partage en effet un point commun avec les autres disciplines traditionnellement acceptées comme sports de compétition : l’habileté. En effet, de la même manière qu’un footballeur doit s’entraîner durant des années pour parfaire son jeu de passe, ses contrôles, son sens tactique et maîtriser sa course, un joueur d’échecs passe par la case apprentissage pendant de longues années pour comprendre les rudiments tactiques du jeu. Cela passe par des heures et des heures de pratique, d’études de cas, de leçons…

Autre point commun entre les échecs et les sports de compétition : un indéniable effort physique. Il faut également comprendre que l’effort physique n’est pas exclusivement associé à l’effort moteur. Pour en avoir le cœur net, essayez de vous concentrer au maximum pendant plusieurs heures d’affilée ! Les longues heures de combat stratégique entre deux joueurs en compétition se terminent par un épuisement physique complet. Il n’est pas rare de voir des joueurs qui transpirent ostensiblement pendant une partie, alors qu’ils sont en position assise dans une salle climatisée. Des sports olympiques comme le tir à l’arc et le tir à la carabine, très suivies, n’impliquent pas forcément un effort « moteur ». CQFD !