Lorsque je pense au sport national en Égypte, une image s’impose immédiatement: celle des stades bondés vibrant au rythme du football égyptien. Ce n’est pas un simple passe-temps, c’est une véritable passion nationale qui unit le pays tout entier. Je me souviens encore de l’ambiance électrique lors de mon premier match au Caire – une expérience qu’aucune vidéo ne peut retranscrire. Le ballon rond occupe une place centrale dans la culture égyptienne, dépassant largement le cadre sportif pour s’inscrire dans l’identité même du pays.

Les Pharaons : histoire et succès de l’équipe nationale égyptienne

L’histoire des Pharaons, surnom de la sélection nationale égyptienne, est jalonnée de premières et de records impressionnants. Je trouve enchantant que l’Égypte ait été pionnière en devenant la première équipe africaine à disputer une Coupe du monde en 1934. Mais c’est sur le continent africain que les Égyptiens règnent véritablement en maîtres.

Avec sept victoires en Coupe d’Afrique des Nations, l’Égypte détient le record absolu de titres dans cette compétition. Je reste admiratif de cette période dorée où, sous la houlette d’Hassan Shehata, les Pharaons ont réalisé l’exploit de remporter trois CAN consécutives (2006, 2008, 2010). Cette domination continentale a forgé leur réputation de géants du football africain.

Plus récemment, j’ai suivi avec passion leur parcours jusqu’en finale de la CAN 2021 (jouée en 2022 au Cameroun). Les nouveaux maillots Puma, ornés de motifs inspirés de l’art pharaonique, symbolisent parfaitement ce mélange entre héritage historique et ambitions sportives modernes.

Mohamed Salah : l’icône qui a transcendé les frontières

Mohamed Salah incarne à lui seul la renaissance du football égyptien sur la scène mondiale. Ce joueur d’exception a tracé un chemin improbable, depuis son rejet par le Zamalek au début de sa carrière jusqu’aux sommets européens avec Liverpool. Je suis toujours impressionné par sa victoire en Ligue des Champions en 2019, consécration ultime d’un talent forgé sur les terrains poussiéreux d’Égypte.

Au-delà de ses prouesses sportives, Salah est devenu un symbole national et un modèle pour la jeunesse égyptienne. Son parcours « des haillons à la richesse » résonne profondément dans un pays où beaucoup rêvent d’ascension sociale. Je constate que son image, utilisée pour commercialiser d’innombrables produits, reflète une réussite indépendante des structures étatiques.

Son conflit avec l’Association du Football Égyptien concernant ses droits d’image illustre pourtant les tensions qui peuvent exister entre une star internationale et les institutions sportives nationales.

Les clubs mythiques et le développement du football local

Au cœur du football égyptien battent deux rivaux historiques : Al-Ahly et Zamalek SC. Je ne peux parler du sport national en Égypte sans évoquer ces deux géants cairotes dont la rivalité passionne le pays entier. Al-Ahly, véritable institution continentale avec huit victoires en Ligue des Champions d’Afrique, s’impose comme le premier club africain.

Ces clubs servent de tremplins pour les joueurs égyptiens aspirant à des carrières internationales. Avant Mohamed Salah, Mohamed Abou Treika était l’idole incontestée, menant les Pharaons à trois CAN consécutives. À la différence de Salah, il choisit de rester fidèle au championnat égyptien toute sa carrière – un choix qui renforça sa légende locale.

Je trouve particulièrement troublant qu’Abou Treika, autrefois héros national, vive aujourd’hui en exil, qualifié de « terroriste » par le régime actuel – illustration parfaite de l’intrication entre sport et politique en Égypte.

Le football et la révolution : quand sport et politique s’entremêlent

La révolution égyptienne de 2011 a révélé la dimension politique du football en Égypte. J’ai suivi avec attention comment les Ultras, ces groupes de supporters passionnés, sont devenus une force révolutionnaire majeure. Leur organisation et leur courage lors des manifestations sur la place Tahrir ont marqué les esprits.

Le massacre de Port-Saïd du 1er février 2012, où 72 Ultras ont perdu la vie, reste une blessure profonde. Je me souviens des campagnes acharnées pour obtenir justice, avant que leur popularité ne décline face aux accusations d’engagement politique partisan. La dissolution du principal groupe d’Ultras en 2018 symbolise cette fin d’époque.

Sous Moubarak, le régime instrumentalisait les victoires de la sélection nationale comme outil de soft power, la famille présidentielle s’associant systématiquement aux succès. Cette politisation (ou siyasa comme disent les Égyptiens) a paradoxalement contribué à une baisse temporaire de l’engouement pour le ballon rond.

L’avenir du football égyptien : entre féminisation et ambitions internationales

Développement du football féminin

Je suis particulièrement attentif à l’essor du football féminin égyptien depuis la fin des années 1990. Le partenariat entre les fédérations française et égyptienne porte ses fruits, notamment auprès des jeunes joueuses. Aujourd’hui, l’Égypte dispose d’un championnat national féminin structuré en trois divisions et d’une coupe nationale.

Sous la direction d’entraîneurs comme Hossam El Badry et Rui Vitoria, la sélection masculine cherche à renouer avec sa gloire passée. L’Égypte, qui a organisé plusieurs fois la Coupe d’Afrique, nourrit des ambitions encore plus grandes.

  1. Candidature potentielle pour accueillir les Jeux Olympiques de 2036 et 2040
  2. Organisation de compétitions continentales majeures
  3. Développement des infrastructures sportives
  4. Formation des jeunes talents

Si cette candidature olympique aboutissait, ce serait une première historique pour un pays africain – une consécration pour le sport en Afrique comme en France, où les disciplines populaires forgent l’identité nationale.

Au-delà du football : la diversité sportive en Égypte

Bien que le foot domine le paysage sportif égyptien, d’autres disciplines brillent sur la scène internationale. Le squash constitue peut-être la plus belle réussite sportive égyptienne actuelle. Je suis impressionné par cette domination mondiale: le meilleur joueur est égyptien, tout comme la moitié du top 6 mondial. Ce sport, hérité de l’occupation britannique à la fin du XIXe siècle, illustre l’appropriation et la réinvention d’un héritage colonial.

Les sports traditionnels occupent également une place importante, avec les jeux de société comme les dominos, le backgammon et les échecs pratiqués dans tous les cafés du pays. L’équitation, pratiquée près des pyramides, à Louxor et en mer Rouge, s’inscrit dans une longue tradition.

Plus récents, le golf et les sports nautiques complètent ce paysage diversifié. En mer Rouge, plongée, kitesurf et ski nautique attirent tant les Égyptiens que les touristes internationaux. Cette diversification sportive, à l’image du Championnat du monde militaire d’équitation organisé au Caire en 2025, témoigne de l’ouverture du pays aux disciplines émergentes, tout en conservant le football comme pilier de son identité sportive.

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