318 grammes. C'est le poids affiché sur la fiche technique des Saucony Xodus Ultra 4, soit 15 grammes de plus que la version précédente. Un chiffre qui résume assez bien la trajectoire de ce modèle : plus de matière, plus d'amorti, plus de structure... mais pas forcément plus de pertinence sur tous les terrains.
Fiche technique et profil du modèle
Avant d'entrer dans le vif du sujet, quelques précisions s'imposent. La dénomination "Ultra 4" peut induire en erreur : il ne s'agit pas de la quatrième chaussure de la lignée, mais bien de la quinzième itération du modèle historique. Saucony a revu sa numérotation en 2020, ce qui explique ce décalage. Cette version 2025 marque pourtant une vraie rupture avec les générations précédentes, notamment par l'adoption d'une semelle externe Vibram Megagrip et un upper sensiblement retravaillé.
| Caractéristique | Hommes | Femmes |
|---|---|---|
| Prix | 170 € | 170 € |
| Poids (taille 42) | 318 g | 291 g |
| Hauteur talon | 36 mm | 36 mm |
| Drop | 6 mm | 6 mm |
| Fit | Standard | Standard |
La catégorie visée reste clairement les ultras et les longues distances, avec des usages orientés terrains moyennement à très techniques, compacts comme meubles. Le profil d'athlète ciblé va des gabarits intermédiaires aux plus lourds, sur des rythmes lents à très lents.
Voici les points forts identifiés lors du test :
- Protection homogène du pied (pare-pierres, faces latérales bien couvertes)
- Nette amélioration de l'accroche par temps humide grâce au Vibram Megagrip
- Maintien structuré avec un enveloppement efficace du pied
- Semelle externe enfin durable, sans fissuration même après plusieurs centaines de kilomètres
Et les points faibles qui ressortent clairement :
- Instabilité notable en descente technique et sur terrain accidenté
- Tissu de l'upper très spongieux, séchage laborieux
- Languette mal maintenue, tendance à se décaler à l'effort
- Déroulé de foulée inconfortable au talon sur sols durs

Midsole : un amorti généreux aux effets secondaires notables
Avec 36 mm de hauteur de talon et 30 mm à l'avant-pied, les Xodus Ultra 4 s'imposent comme le modèle le plus maximaliste de la gamme trail Saucony. Pour comparer : les Peregrine 15/16 plafonnent à 28 mm, et les Endorphin Rift atteignent 33 mm. L'écart est donc significatif, et il se ressent immédiatement sous le pied.
Cette élévation découle directement d'un changement de composition interne. La semelle intermédiaire conserve sa structure en double densité de mousse, mais le PWRUN PB, composé à base de Peba, a été considérablement épaissi. Son rôle principal : filtrer les irrégularités du terrain et stabiliser la foulée. Il est complété par une couche de PWRUN en EVA, plus fine et plus légère, qui gère principalement l'absorption des chocs. En théorie, l'association des deux devrait offrir le meilleur des deux mondes.
En utile, dès les premières foulées, le coussin frappe par son volume. Comparé à la Xodus Ultra 2, la différence est immédiate : la matière est bien plus présente sous la voûte plantaire, avec un toucher plus ferme que sur les anciennes versions. Rien d'aussi rigide que ce qu'on trouve chez Salomon ou Nnormal, mais la mousse souple d'autrefois a clairement disparu. Les muscles des mollets et le tendon d'Achille travaillent moins, ce qui représente un vrai avantage sur les formats dépassant les 100 km.
Le revers de la médaille ? Les sensations de sol ont pratiquement disparu. Racines, creux, aspérités... tout est filtré, même sous l'avant-pied. Pour ceux qui appréciaient précisément la lecture du terrain propre aux anciennes Xodus Ultra, c'est une vraie perte. Ce n'est pas une sensation d'être "perché" comme sur une Asics Trabuco Max 4 ou une Salomon S/Lab Ultra Glide 1.5, mais le contact avec le sol devient clairement moins informatif.
Autre problème, et celui-ci est franchement gênant : la double couche de mousse génère une instabilité latérale lors de la foulée. La projection vers l'intérieur ou l'extérieur du pied n'est pas extrême, mais elle est suffisamment présente pour créer un inconfort réel. Résultat sans appel : les Xodus Ultra 4 sont à déconseiller formellement aux coureurs avec une pronation ou une supination marquée.
Le rocker avant, conservé depuis les versions précédentes, apporte théoriquement de la fluidité à la transition. Dans les faits, sur terrains roulants, la chaussure "tape" au talon avec une régularité déconcertante. Honnêtement, parmi toutes les chaussures testées récemment, je n'en ai pas trouvé d'autre proposant un déroulé aussi peu fluide sur ce type de surface.


Accroche Vibram : un vrai progrès, mais des terrains de prédilection limités
Le passage au Vibram Megagrip constitue sans doute la meilleure décision prise sur cette version. Saucony abandonne ainsi son propre composé PWRTRAC, qu'il équipait sur les générations précédentes, pour s'associer à la marque italienne réputée pour la qualité de ses gommes. Et le constat est au rendez-vous sur plusieurs plans.
La configuration des crampons reste quasi identique à celle des Xodus Ultra 3 : 4 mm d'épaisseur en forme de chevrons, avec une orientation inversée à l'arrière. Cette géométrie offre une polyvalence correcte, entre sols compacts et terrains décomposés. Là où le Vibram fait vraiment la différence, c'est dans les conditions humides : boue, herbe mouillée, sentiers forestiers après la pluie... l'accroche progresse nettement, notamment dans les montées et plus encore dans les descentes glissantes.
La technologie Traction Lug intégrée à l'outsole joue un rôle déterminant ici. Ces micro-aspérités gravées dans la gomme augmentent la surface de contact effective avec le sol, ce qui améliore le mordant sur les surfaces instables. Comparées aux Hoka Mafate 5 ou aux Salomon Ultra Glide 1.5, les Xodus Ultra 4 restent légèrement en retrait sur les terrains vraiment boueux, mais la progression est suffisamment marquée pour justifier le changement de fournisseur.
Sur rochers humides en altitude, le Vibram assure également un minimum de sécurité, un point non négligeable pour des chaussures positionnées sur les 100 miles et plus.
| Modèle concurrent | Stack talon | Semelle externe | Accroche conditions humides |
|---|---|---|---|
| Hoka Mafate Speed 5 | 37 mm | Vibram Megagrip | Superbe |
| Saucony Xodus Ultra 4 | 36 mm | Vibram Megagrip + Traction Lug | Bonne |
| Saucony Peregrine 15 | 28 mm | PWRTRAC | Correcte |
L'autre apport majeur du Vibram, c'est la durabilité de la semelle externe. Les versions antérieures du modèle souffraient d'un problème récurrent : la gomme se fissurait après quelques centaines de kilomètres. Avec le Vibram, ce défaut appartient au passé. La gomme résiste bien à l'usure, sans craquelures visibles même après une utilisation prolongée. C'était une anomalie difficilement acceptable sur une chaussure à 170 euros, et sa correction est bienvenue.
Reste un bémol sérieux : les Xodus Ultra 4 se révèlent peu adaptées aux sections vraiment techniques. Sur terrain plat et roulant, le talon cogne désagréablement. À l'opposé, sur les descentes engagées et les passages alpins accidentés, l'instabilité du midsole prend le dessus. La chaussure exprime vraiment son potentiel sur les monotraces sinueux mais peu accidentés, dans les sous-bois ou sur les sentiers d'alpage à pente modérée. En dehors de cette fenêtre, les limites apparaissent vite.
Pour tout ce qui concerne le choix entre chaussures imperméables et non-imperméables en course de montagne, la question de l'accroche par temps humide est centrale : une bonne gomme comme le Vibram Megagrip peut compenser une absence de membrane dans bien des conditions.


Upper : confort renforcé, mais des lacunes qui font tache
Saucony a profondément remanié l'empeigne de ce modèle. Finie la tige légère des anciennes versions : l'upper des Xodus Ultra 4 adopte un mesh multi-couches plus épais, doublé de rembourrages en mousse sur la partie arrière, et renforcé par des éléments rigides (bandes TPU, thermocollages) sur toute la périphérie. C'est en grande partie à cette refonte que l'on doit les 15 grammes supplémentaires par rapport à la version précédente.
Le résultat en termes de maintien est convaincant. Le pied est bien enveloppé sur toute sa longueur, y compris au niveau du talon. La coque arrière encapsule efficacement la cheville, ce qui limite les mouvements latéraux. Le mesh garde par ailleurs une certaine souplesse qui prévient les irritations lors des longues heures de course. Pour les gabarits plus lourds ou les ultra-traileurs cherchant un soutien constant sur des formats dépassant les 100 km, ce maintien est clairement un atout.
Un détail agace malgré tout : la languette se décale progressivement pendant l'effort. Rien de dramatique, mais sur un ultra, cette mobilité devient source d'inconfort. Elle aurait mérité un système de fixation plus efficace, d'autant qu'elle est par ailleurs bien rembourrée et agréable sur le dessus du pied.
Le problème le plus sérieux de cet upper vient de ses propriétés hydrophobes quasi inexistantes. Les tissus se gorgent d'eau au moindre passage dans la boue ou sous la pluie, et le séchage prend un temps considérable. Sur une chaussure déjà lourde, cet effet "éponge" peut rapidement alourdir encore la foulée de façon notable. C'est un défaut d'autant plus irritant que les Xodus Ultra 4 sont précisément positionnées sur les conditions humides et les longues sorties.
Du côté de la durabilité, le tableau est mitigé. Le mesh résiste correctement aux impacts et aux frottements latéraux. Les cols intérieurs restent en bon état, contrairement à ce qu'on observait sur les versions précédentes. Mais des traces d'usure apparaissent aux plis de l'avant de la tige, notamment sur les faces internes. Pas de déchirures pour l'instant, mais le signal est préoccupant sur la longévité du modèle.
La protection, en revanche, est bien pensée. Le pare-pierres avant protège efficacement les orteils malgré son apparence discrète. Les renforts latéraux couvrent bien les malléoles. Sur ce point, l'upper tient ses promesses.
Sur le plan du fit, voici ce qu'il faut retenir avant d'acheter :
- La toe box standard convient aux pieds fins à normaux, mais sera juste pour les pieds larges
- La coque talon peu spacieuse est plus restrictive que ce qu'on attend d'un modèle ultra
- Le mesh souple évite les points de friction, point positif sur les longues distances
- La chaussure est à déconseiller aux coureurs qui préfèrent avoir de la liberté de mouvement à l'intérieur


Quel coureur devrait chausser les Xodus Ultra 4 ?
Soyons directs : les Xodus Ultra 4 ne s'adressent pas à tout le monde. Ce n'est pas une chaussure polyvalente. C'est un outil très spécialisé, avec des qualités précises et des limites tout aussi précises.
Le profil qui correspond le mieux : un coureur ou une coureuse évoluant sur des formats longs à très longs (50 km et au-delà, jusqu'aux 100 miles), avec un gabarit intermédiaire à lourd, sur des rythmes d'endurance fondamentale. Les alpages, les sous-bois sinueux, les sentiers en terre sont leur terrain de jeu naturel. Pour les sorties "détente" ou les rando-courses, elles fonctionnent très bien.
À l'inverse, je les déconseille formellement dans trois situations :
- Aux coureurs présentant une pronation ou supination marquée : l'instabilité du midsole amplifiera le déséquilibre
- Aux amateurs de descentes techniques et engagées : le risque de torsion de cheville est réel
- À ceux qui cherchent à maintenir un rythme soutenu : le poids et la hauteur de stack pénalisent dès qu'on accélère
Pour les habitués des anciennes versions du modèle, le choc sera rude. La Xodus Ultra perd ici ce qui la distinguait : le contact avec le sol, la stabilité naturelle, la lecture du terrain. Elle rejoint un segment très concurrencé de chaussures maximalistes pour ultra, sans toutefois s'imposer clairement face à des modèles comme la Hoka Mafate Speed 5.
| Profil coureur | Recommandation | Raison principale |
|---|---|---|
| Ultra-traileur gabarit lourd | Oui | Amorti et maintien adaptés |
| Coureur rythme lent, sorties longues | Oui | Confort sur la durée, protection complète |
| Coureur technique, descentes engagées | Non | Instabilité du midsole trop présente |
| Coureur avec déséquilibre de foulée | Non | Mousse accentue la déviation latérale |
| Amateur de sensations terrain | Non | Filtrage excessif des aspérités |



Prix, disponibilité et ce qu'on aurait voulu voir sur cette version
Affichées à 170 euros, les Xodus Ultra 4 se positionnent dans la fourchette haute des chaussures de trail pour ultra. À ce tarif, on est en droit d'attendre un niveau de finition irréprochable. Le passage au Vibram Megagrip justifie une partie de la revalorisation, et l'amélioration de la durabilité de l'outsole est un vrai progrès par rapport aux anciennes versions. Mais l'upper spongieux, la languette instable et les traces d'usure prématurées à l'avant de la tige laissent un sentiment d'inachevé.
Le modèle est disponible en version homme (318 g) et femme (291 g), toutes deux avec le même drop de 6 mm et la même hauteur de stack de 36 mm. Il est conseillé de prendre sa pointure habituelle de trail ou de running, sans demi-pointure au-dessus.
Ce qu'on aurait voulu voir sur cette version : un traitement hydrofuge sérieux de l'upper, une languette avec système de fixation (tunnel ou attache latérale), et un travail plus poussé sur la stabilité médio-latérale du midsole. Ces trois ajustements, sans toucher à l'architecture générale, auraient rendu la chaussure bien plus crédible face à la concurrence.
La Xodus Ultra 4 reste une option viable pour un public spécifique, pas pour tous les ultra-traileurs. Avant d'investir 170 euros, soyez honnête sur votre pratique réelle : si vous courez des 100 miles sur sentiers roulants à faible allure et que vous avez besoin d'amorti avant tout, elle peut faire le travail. Si vous cherchez une chaussure technique, réactive ou adaptée aux descentes engagées, regardez ailleurs sans hésiter.
// Auteur
MilanMilan est journaliste sportif et ancien compétiteur dans la trentaine. Il couvre le running, le trail, le cyclisme et les sports d'équipe avec un regard de terrain et un ton dynamique.
Spécialiste des tests de matériel et de l'analyse de la performance, il allie expérience pratique et rigueur journalistique pour guider les lecteurs. Toujours en tenue outdoor, il rapporte ses essais depuis les sentiers, les routes et les stades.