Salomon sort la Thundercross à l'automne 2023, presque discrètement, pendant que toute la communauté trail fixait son regard sur la S-Lab Ultra à 240 euros, co-conçue avec François d'Haene. Résultat : un modèle milieu de gamme qui mérite clairement mieux que cette mise à l'écart médiatique. Pour 140 euros, il y a pourtant quelque chose de sérieux à l'intérieur de cette boîte.
Fiche technique : ce que la Thundercross a dans les semelles
Avant d'aller plus loin, voici les caractéristiques essentielles du modèle. La version homme pèse 290 g, la version femme 256 g. Le drop est fixé à 4 mm, la hauteur talon atteint 31 mm. Le fit est standard, la catégorie revendiquée par Salomon est "Terrains Accidentés/Montagne", et les usages couverts vont de l'entraînement quotidien aux compétitions jusqu'à 70-80 km, sur tous types de sols techniques.
| Caractéristique | Homme | Femme |
|---|---|---|
| Prix | 140 € | 140 € |
| Poids | 290 g | 256 g |
| Drop | 4 mm | 4 mm |
| Hauteur talon | 31 mm | 31 mm |
| Fit | Standard | Standard |
| Catégorie | Terrains accidentés/Montagne | Terrains accidentés/Montagne |
Le positionnement tarifaire tranche nettement avec ce que Salomon propose habituellement dans son segment "performance". Franchement, 140 euros pour un modèle taillé pour les terrains techniques, c'est une vraie proposition dans un marché où les chaussures trail s'envolent régulièrement au-dessus des 180-200 euros.

Points forts et points faibles observés sur le terrain
Voici ce qui ressort clairement après plusieurs centaines de kilomètres de test, sans fioriture :
- Maintien homogène du pied, aussi bien à l'avant qu'au niveau du talon, quelle que soit la technicité du sol.
- Grande flexibilité latérale et en longueur, qui facilite la lecture du terrain et la précision d'appui.
- Compromis rebond/proprioception vraiment réussi : le pied travaille sans jamais se sentir abandonné par la mousse.
- Chaussant généreux à l'avant, avec une boîte à orteils plus large que la moyenne des modèles Salomon, un vrai soulagement pour les pieds standards.
- Protection latérale complète grâce aux renforts plastiques qui couvrent presque toutes les faces de la chaussure.
- Polyvalence des crampons sur terrains meubles et compacts, une combinaison rare chez la marque d'Annecy.
Mais le tableau n'est pas sans défauts :
- Grip insuffisant sur roches humides : le Contagrip montre ses limites dès que la pierre mouille, c'est le talon d'Achille du modèle.
- Voûte plantaire exposée à l'avant : l'absence de plaque de protection se fait sentir sur les sentiers très pierreux ou racineux.
- Respirabilité limitée : le mesh épais retient l'humidité par temps chaud, ce qui peut vite devenir inconfortable sur des sorties estivales.
- Languette et Quicklace perfectibles : trouver le bon niveau de serrage demande un peu de patience, avec un risque de tension sur le cou-de-pied.
Une semelle intermédiaire proche des Sense Ride 5, mais pas identique
La filiation avec les Sense Ride 5 saute aux yeux, même si Salomon ne l'assume pas officiellement. Les deux modèles partagent la même mousse Energy Foam, un mélange d'EVA et d'oléfine qui offre un bon équilibre entre réactivité et amorti. Le rocker avant est lui aussi similaire, assez prononcé pour encourager une foulée fluide. La différence principale tient au drop : 4 mm sur la Thundercross, contre 8 mm sur les Sense Ride 5. Un écart qui change réellement le ressenti à l'usage, surtout sur des formats longs.
La hauteur de 31 mm contre 29 mm pour les Sense Ride s'explique par des crampons plus épais sur la Thundercross. Ce détail technique a son importance : il conditionne à la fois le comportement sur terrain compact et la stabilité générale de la chaussure. Sur les deux modèles, l'amorti reste ferme, typique de l'ADN Salomon, bien réparti entre médio-pied et talon sans jamais atteindre le moelleux des Ultra Glide ou de la S-Lab Ultra.
Ce toucher ferme, certains l'adorent, d'autres le fuient. Pour les athlètes habitués aux mousses très souples des grandes marques américaines ou aux stacks généreux des modèles ultra, la Thundercross demandera un temps d'adaptation. Mais ceux qui cherchent à sentir le sol sans s'y écraser trouveront exactement ce qu'ils voulaient.
Comment la Thundercross se comporte selon les allures et les formats
Miguel Heras l'a portée lors de sa deuxième place à l'Ultra Pirineu fin 2023. Ce n'est pas un hasard : la chaussure gère aussi bien les phases rapides que les portions plus techniques où l'on cherche la précision plutôt que la vitesse. Sa flexibilité latérale, supérieure à celle des Sense Ride 5, lui permet de s'adapter en temps réel aux irrégularités du terrain. Le pied se pose avec une précision réelle dans les mono-traces encombrés de racines ou de cailloux.
À allure lente ou "chill", la matière au talon suffit à amortir le choc sans effort supplémentaire. En montée rapide ou lors d'un passage sur l'avant du pied, la chaussure répond sans délai. Ce double registre la rend utilisable aussi bien à l'entraînement qu'en compétition. Personnellement, je la vois parfaitement sur des formats de 70 à 80 km. Au-delà, le drop de 4 mm commence à limiter les options, surtout sur des ultras de montagne avec beaucoup de dénivelé cumulé.
La comparaison avec l'Evadict MT Cushion 2 de Decathlon revient fréquemment : le compromis entre amorti et dynamisme est similaire, mais le toucher de la Thundercross est clairement plus ferme. Les deux chaussures partagent cette capacité à convenir à une large palette d'usages, ce qui est franchement rare à ce niveau de prix.
Grip et comportement de la semelle externe selon les surfaces
C'est là que la Thundercross se distingue le plus nettement de ses concurrentes directes chez Salomon. La semelle externe est équipée du composé All Terrain Contagrip, avec des crampons de 5 mm en forme de chevrons, dont l'orientation est inversée à l'arrière. Cette configuration permet un bon comportement sur sols variés, une vraie rareté dans la gamme de la marque.
Sur terrain meuble et décomposé, l'accroche est solide. Elle ne rivalise pas avec la Speedcross ou la S-Lab Cross 2, qui restent les références absolues sur boue, mais la Thundercross s'en tire bien mieux que les Sense Ride 5 sur ces surfaces, et légèrement mieux que les S-Lab Pulsar SG dans des conditions vraiment grasses. Les débris s'évacuent correctement entre les crampons, ce qui évite le fameux "sabot boueux" qui paralyse certains modèles. Sur sol compact et humide en montagne, la donne change radicalement : le Contagrip montre vite ses limites sur la roche mouillée, ce qui est un vrai problème pour une chaussure présentée comme taillée pour les conditions hivernales.
Sur chemin sec et pierreux, l'agilité de la semelle compense largement un grip ordinaire. La pose de pied devient chirurgicale, les changements d'appui rapides, et la chaussure se faufile efficacement dans les passages techniques. Ce n'est par contre pas une chaussure de skyrace à proprement parler : il manque de la protection sous le pied et une stabilité supplémentaire pour les terrains vraiment alpins. Pour ces usages spécifiques, les S-Lab Alpine sont clairement plus adaptées.
Pour ceux qui hésitent encore sur le type de chaussure à choisir en fonction des conditions météo, la question des chaussures de trail imperméables ou non-imperméables pour la montagne mérite vraiment d'être posée avant d'arrêter son choix.
Tige, chaussant et confort : des surprises dans le bon sens
Le mesh utilisé sur la Thundercross fait vieux jeu à côté des empeignes techniques ultra-légères qui équipent les modèles premium récents. Pourtant, ce choix a du sens. Épais et malléable, il enveloppe le pied sans le comprimer, résiste aux accrocs du terrain et, après 160 km de test, ne montre aucun signe d'usure ni de dégradation. La durabilité semble clairement être un point fort du modèle.
Les nombreux renforts plastiques sur les flancs, combinés à ce mesh rembourré, produisent un maintien remarquablement homogène. Le talon est bien calé, l'avant du pied correctement enveloppé, et le pare-pierres rigide joue son rôle sans faillir sur les sentiers encombrés. La coque talon, légèrement évasée par rapport aux Sense Ride 5, réduit les risques de frottement sur le tendon d'Achille. Un détail qui change la vie sur les longues distances.
La boîte à orteils plus généreuse que d'ordinaire chez Salomon constitue franchement une bonne nouvelle pour les pieds standards ou légèrement larges. La marque a longtemps eu la réputation de chausser étroit, surtout à l'avant. Ici, c'est différent, et c'est apprécié. Le chausson intérieur reste minimaliste, avec des inserts en mousse peu épais, mais suffisants pour maintenir l'arrière du pied en place.
Le bémol vient du système de laçage Quicklace associé à une languette épaisse. L'ajustement précis demande de la patience, et un serrage trop prononcé peut créer une légère tension sur le cou-de-pied. Ce n'est pas rédhibitoire, mais c'est l'un des rares points où la finition aurait pu être plus soignée. La respirabilité du mesh dense constitue l'autre limite notable : par temps chaud, les pieds chauffent et l'humidité interne s'accumule. Sachant que la Thundercross est avant tout pensée pour l'automne et l'hiver, ce défaut reste relatif.








Comparatif face aux modèles proches du marché
Où situer exactement la Thundercross dans l'univers des chaussures trail milieu de gamme ? Ce tableau donne une vue d'ensemble des modèles les plus proches en termes d'usage et de prix.
| Modèle | Drop | Points forts | Terrain de prédilection | Prix |
|---|---|---|---|---|
| Salomon Thundercross | 4 mm | Polyvalence, agilité, protection | Sous-bois, moyenne montagne, conditions humides | 140 € |
| Salomon Speedcross 6 | 10 mm | Grip sur terrain boueux | Terrains meubles exclusivement | 150 € |
| Salomon Sense Ride 5 | 8 mm | Confort, polyvalence douce | Chemins variés, terrains secs à semi-techniques | 145 € |
| Evadict MT Cushion 2 | 6 mm | Rapport qualité-prix, amorti | Terrains variés, format polyvalent | 90 € |
La Thundercross occupe une niche que personne d'autre chez Salomon ne couvrait vraiment : une chaussure capable de naviguer entre sous-bois boueux, chemins pierreux de moyenne montagne et conditions hivernales, sans sacrifier l'agilité ni le dynamisme. La Speedcross excelle dans la boue mais devient handicapée sur sol dur. La Sense Ride 5 manque d'accroche sur terrain décomposé. La Thundercross, elle, fait les deux correctement, même si elle ne domine dans aucune de ces spécialités.
Pour qui la Thundercross est-elle vraiment faite ?
Les profils qui tireront le meilleur de ce modèle sont assez clairs. Les athlètes de poids léger à intermédiaire, avec des pieds fins à standards, trouveront dans la Thundercross une alliée fiable pour la majorité de leurs sorties d'automne et d'hiver. Le modèle convient autant aux compétiteurs qui cherchent une chaussure jusqu'au 80 km qu'aux coureurs qui veulent simplement une paire polyvalente pour leurs entraînements réguliers sur sentiers techniques.
Je la déconseille en revanche aux coureurs aux pieds larges, qui souffriront malgré la boîte à orteils élargie, et à ceux qui fréquentent essentiellement les terrains très alpins, rocheux et exposés. Pour ces usages, la S-Lab Alpine reste la solution logique. De même, si vos sorties se font majoritairement par temps de chaleur, la faible respirabilité de la tige sera rapidement agaçante.
140 euros pour un modèle qui couvre autant de situations différentes, c'est objectivement un bon deal. La Thundercross est sans doute le meilleur rapport qualité-prix de la gamme trail Salomon en 2023-2024, et elle méritait bien mieux que le lancement discret qu'elle a connu.

Adopter la Thundercross comme référence d'entraînement hivernal : une stratégie à envisager
Au-delà du test ponctuel, la Thundercross soulève une question pratique souvent négligée : faut-il une chaussure dédiée aux conditions automnales et hivernales, ou la même paire toute l'année ? La réponse dépend évidemment de ton contexte géographique et de tes objectifs. Mais si tu cours régulièrement en sous-bois entre octobre et mars, en Bretagne, dans les Vosges ou dans le Massif Central, une chaussure avec de vrais crampons et une tige protectrice n'est pas un luxe : c'est une nécessité de sécurité.
Sur ce point, la Thundercross a une carte sérieuse à jouer. Son drop de 4 mm demande en revanche une attention particulière : si tu passes d'une chaussure à drop élevé (8-10 mm) à la Thundercross, prévois une transition progressive de 3 à 4 semaines pour éviter les surcharges au niveau des tendons et des mollets. Commence par l'intégrer sur tes sorties courtes et techniques, puis augmente graduellement la distance. C'est le bon protocole pour en tirer le meilleur sans te blesser.
Autre piste à étudier : utiliser la Thundercross comme chaussure de référence pour tes blocs d'entraînement technique, et la réserver pour les compétitions hivernales sur les formats inférieurs à 80 km. Cette stratégie te permet de préserver la semelle externe, qui devrait tenir bien au-delà des 500 km au vu de l'absence d'usure constatée à 160 km de test. Construire sa rotation de chaussures autour d'un modèle vraiment polyvalent, plutôt que de multiplier les paires ultra-spécialisées, c'est souvent la solution la plus cohérente, autant sur le plan financier que logistique.
// Auteur
SolalSolal est rédacteur lifestyle et bien-être basé à Nantes. Dans la trentaine, il explore sorties locales, cuisine équilibrée et tendances de l'art de vivre avec un ton curieux et chaleureux. Son style décontracté mais soigné rend ses textes accessibles et inspirants.
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