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Kiprun Race Ultra 2 : test complet de la chaussure trail

Milan // 16 août 2026 // 15 min
Kiprun Race Ultra 2 : test complet de la chaussure trail

Présentée en grande pompe lors de l'UTMB 2025, la Kiprun Race Ultra 2 constitue l'une des sorties les plus attendues de la marque maison de Decathlon dans le segment trail. À 150 euros, elle se place comme la deuxième chaussure trail la plus chère de l'enseigne, juste derrière la Kipsummit Race à 200 euros. Le positionnement est clair : viser les coureurs qui enchaînent les longues distances et les ultras, avec une ambition technique nettement revue à la hausse par rapport à la première version.

Fiche technique et profil de la Kiprun Race Ultra 2

Avant de rentrer dans le vif du sujet, voici les caractéristiques clés de la chaussure. Ce tableau récapitulatif permet de situer rapidement le modèle dans la gamme trail de Kiprun.

Caractéristique Valeur
Prix 150 €
Poids (taille 42) 280 g
Drop 8 mm
Hauteur talon 36 mm
Tige Matryx Evo
Catégorie Ultras et longues distances
Fit Standard à large en avant

Côté profil d'utilisation, la Race Ultra 2 cible un spectre assez large. Elle convient à des gabarits légers à intermédiaires, sur des rythmes allant du tempo à l'endurance fondamentale, voire la rando-course. En compétition, son terrain de jeu s'étend des trails de 50-60 km jusqu'aux 100 miles. Elle excelle sur les sentiers peu à moyennement techniques : sous-bois, terrains vallonnés, pistes compactes ou meubles. En revanche, les monotraces accidentés et la haute montagne technique ne sont pas son registre naturel.

Voici les points forts identifiés lors du test :

  • Respirabilité efficace de l'empeigne Matryx Evo, même par forte chaleur
  • Compromis remarquable entre amorti généreux et dynamisme de foulée
  • Excellente accroche sur terrains meubles, boue et dévers, y compris par temps humide
  • Durabilité de la tige hors du commun grâce aux fils en kevlar

Et les points faibles :

  • Verrouillage insuffisant de l'avant-pied et du médio-pied dans les sections techniques
  • Instabilité notable dans les descentes et les torsions latérales
  • Chaussage difficile, particulièrement pour faire passer le talon
  • Maintien général assez lâche malgré une tige structurée en apparence
Deux jeunes femmes rient en regardant un téléphone en terrasse.

Semelle intermédiaire : un amorti convaincant entre fermeté et confort

Le stack atteint 36 mm au talon et 28 mm à l'avant-pied, pour un drop de 8 mm. C'est élevé, mais pas au sommet de la gamme Kiprun : les Kipsummit Max culminent à 38,5 mm et les Kipsummit Race à 37,5 mm. Face aux MT Cushion 2 (22 mm) ou aux Race Light (18 mm), la Race Ultra 2 est clairement dans une autre catégorie d'épaisseur.

La mousse choisie, baptisée VFOAM+, associe 90 % d'EVA et 10 % de Pebax. L'EVA absorbe les chocs, le Pebax injecte un peu de vivacité. Kiprun revendique un amorti renforcé de +38 % et un retour d'énergie amélioré de +10 % par rapport à la Race Ultra 1. Le procédé de fabrication SCF (Super Critical Foaming) permet d'obtenir des bulles d'air fines et uniformément réparties dans la mousse, ce qui confère une réponse plus homogène sous le pied.

Sur le terrain, le premier contact est sans ambiguïté : le coussin est bien plus ferme que celui des MT Cushion 2. La voûte plantaire ne s'enfonce pas dans la mousse. Pourtant, ce n'est pas inconfortable pour autant. L'EVA apporte une légère douceur à l'impact, loin de la rigidité des midsoles Salomon ou Nnormal. Le toucher se situe franchement dans une zone intermédiaire, équilibrée, qui plaira à ceux qui cherchent protection sans mollesse.

Comparée aux Salomon S/Lab Genesis, la Race Ultra 2 propose plus de matière sous le pied et un soutien de voûte plantaire plus agréable. L'absorption des chocs sur les atterrissages talon est franche. Les articulations ressortent bien préservées sur la durée. La fatigue musculaire au niveau des mollets et du tendon d'Achille reste contenue. Seul bémol : la base de semelle relativement fine sollicite davantage les muscles fibulaires et les stabilisateurs latéraux de cheville que des modèles à gabarit plus imposant, comme la Salomon S/Lab Ultra Glide 1.5 ou la New Balance Hierro 9.

Le Pebax se fait aussi sentir dans la propulsion. Il y a un petit "effet de rebond" perceptible à chaque réception, sans que cela ne donne l'impression d'une chaussure hyper-réactive au sens maximaliste du terme. Le rocker légèrement prononcé à l'avant facilite les attaques de foulée dynamiques sans brutaliser la transition. Pour résumer, le compromis amorti/dynamisme est l'un des meilleurs atouts de la Race Ultra 2, et probablement l'argument le plus convaincant de cette paire.

Ce tableau compare les stacks des principaux modèles Kiprun :

Modèle Kiprun Stack talon Drop
Race Light 18 mm 6 mm
MT Cushion 2 22 mm 6 mm
Race Ultra 2 36 mm 8 mm
Kipsummit Race 37,5 mm 6 mm
Kipsummit Max 38,5 mm 6 mm
Groupe de six étudiants souriants étudiant autour d'une tableMarché couvert avec étals de fromages, charcuterie et vin espagnols

Polyvalence d'allures et de distances : le vrai point fort en compétition

280 grammes annoncés en taille 42 : c'est étonnamment léger pour une chaussure dotée d'un tel stack. Sur la foulée, cette légèreté se ressent. Le ratio poids/amorti compte parmi les meilleurs du marché dans cette catégorie, et c'est une réalité qu'on constate dès les premières sorties.

La Race Ultra 2 se montre à l'aise sur une large palette de rythmes. Les attaques médio-pied sont bien gérées, ce qui rend les relances fluides et peu énergivores. Mais c'est sur les sorties longues et calmes que la chaussure révèle toute sa cohérence : deux heures en endurance fondamentale, une rando-course de plus de quatre heures, voire une nuit entière sur un 100 miles... elle encaisse tout ça sans que les pieds n'en souffrent trop. Franchement, je les ai trouvées plus adaptées à ce genre de pratiques que les S/Lab Genesis, grâce à un soutien et un amorti supérieurs sur la durée.

En compétition, le champ des possibles s'étend des trails de 40-50 km jusqu'aux ultras dépassant les 100 miles. C'est bien plus large que ce que proposent les MT Cushion 2, clairement plus limitées dès que les distances s'allongent. En revanche, les coureurs lourds devraient se montrer prudents : la base de semelle assez fine et les lacunes en maintien latéral ne jouent pas en leur faveur.

Deux bouteilles réutilisables bleu marine et bleu ciel sur comptoir bois

Accroche et stabilité : des qualités réelles, des lacunes identifiées

Les crampons mesurent 5 mm d'épaisseur, ce qui est dans la fourchette haute du marché trail. Leur profil en chevrons avec orientation inversée au talon (flèches classiques à l'avant, inversées derrière) génère une superbe traction dans les montées et un freinage efficace dans les dévers. La gomme caoutchouc propriétaire Kiprun, identique à celle des MT Cushion 2, n'a rien de la Vibram équipant les Kipsummit Race et Max, mais pour 150 euros, on ne peut pas tout avoir.

Sur les terrains meubles et décomposés, sous-bois ou alpages, l'accroche est franche et rassurante. Les crampons s'enfoncent bien, la traction dans les montées raides est très convaincante. Bonne surprise aussi : l'outsole se comporte honnêtement dans la boue épaisse et sur les sols sablonneux. Seul défaut dans ces conditions : la terre a tendance à coller légèrement entre les crampons.

Sur roches humides, le grip est bon, pas unique, mais suffisant pour s'engager dans des passages exposés sans que le pied ne décroche. Le centre de l'outsole ne pose pas de problème en appui direct sur la roche.

Là où ça se complique, c'est sur les sentiers caillouteux avec petites racines. Les crampons proéminents génèrent de l'instabilité, et le creux central de l'outsole ne fait qu'amplifier le phénomène. Dans les descentes techniques, le talon a tendance à pivoter. On perçoit un manque de liaison entre la tige et le midsole, ce qui se traduit par une mauvaise résistance aux torsions latérales. C'est clairement le défaut le plus gênant de la Race Ultra 2, et celui qui la place en retrait des S/Lab Genesis sur ce plan précis.

L'agilité compense partiellement. La semelle plie bien malgré sa hauteur, la partie avant s'adapte correctement aux obstacles. Mais sans un bon verrouillage de l'empeigne pour accompagner cette souplesse, l'effet est limité en terrain vraiment accidenté. Pour être honnête, le choix entre une chaussure imperméable et non imperméable en montagne est souvent plus déterminant que l'accroche seule : la Race Ultra 2 reste cohérente dans les conditions humides, mais ses limites structurelles en terrain escarpé orientent clairement sa destination vers des profils de course moins techniques.

Sur les pistes compactes et les faux plats, en revanche, elle retrouve son meilleur niveau. Contrairement aux S/Lab Genesis, elle ne cogne pas au talon sur les carrossables. Son roulement y est même agréable et fluide.

Voici un comparatif synthétique face à ses rivales directes :

Critère Kiprun Race Ultra 2 Salomon S/Lab Genesis
Amorti Supérieur, plus généreux Bon, plus ferme
Légèreté 280 g (très bien) Comparable
Stabilité en descente Insuffisante Meilleure
Accroche terrain meuble Excellente Bonne
Conditions humides Très bonne adaptation Correcte
Verrouillage pied Insuffisant à l'avant Supérieur
Femme souriante marchant dans une rue pavée européenne historiqueGroupe de jeunes gens discutant autour d'une table en terrasse

Tige Matryx Evo : durabilité au top, maintien perfectible

La tige constitue la pièce maîtresse technologique de la Race Ultra 2. Kiprun a étendu son partenariat avec Chamatex, l'entreprise textile française spécialisée dans le Matryx, pour équiper ce modèle de la version Evo de ce matériau. C'est la variante la plus fine du tissu Matryx, celle qu'on retrouve aussi sur les Kiprun MT Cushion 2 ou les Hoka Tecton X 3. Des fils en kevlar jaune foncé renforcent la zone médiane, apportant une résistance à l'abrasion et aux déchirures franchement impressionnante.

La construction adopte un design unibody, languette et parois latérales ne formant qu'un seul facteur continu, à l'image de la S/Lab Genesis ou de la La Sportiva Prodigio Pro. Une mini-guêtre élastique intégrée au col joue le rôle de collier anti-débris. Le système de laçage auto-bloquant rappelle le Quicklace Salomon dans son principe.

Mais une fois chaussé, les sensations surprennent. L'empeigne n'enveloppe pas aussi intimement le pied qu'on pourrait l'attendre d'une tige haute et unibody. À l'avant-pied et au col, il y a du jeu. La cheville dispose d'une liberté de mouvement assez inhabituelle : peu de rembourrage sous la languette, contrairement à ce que propose la Genesis. Le cou-de-pied et le médio-pied manquent de verrouillage précis dans les passages techniques. L'effet "chausson enveloppant" annoncé par la construction reste largement théorique à l'usage.

À l'arrière, le tableau est inversé. Le talon est bien encapsulé, voire trop : des frottements peuvent apparaître selon la morphologie du pied. Et le chaussage lui-même devient un exercice sportif, la forme étroite de l'arrière de la tige rendant parfois indispensable l'usage d'un chausse-pied pour faire passer le talon.

Ce que la tige réussit parfaitement, par contre :

  • Résistance aux frottements sur surfaces abrasives, quasiment sans traces visibles après des sorties intensives
  • Gestion de l'humidité et de la transpiration excellente, même par grande chaleur
  • Protection efficace des orteils grâce au pare-pierres bien conçu
  • Étanchéité partielle au sable et à la poussière grâce à la mini-guêtre intégrée

Le fit mérite une mention particulière. Il est asymétrique dans son gabarit : étroit à l'arrière, il s'élargit progressivement vers l'avant pour offrir une toe box généreuse en longueur et en largeur. Plus spacieuse que celle des MT Cushion 2, sans pourtant atteindre les dimensions des modèles Altra ou Topo Athletic. Les pieds qui ont mode à gonfler en course apprécieront. Les pieds fins, en revanche, risquent de trouver l'avant un peu flottant.

Pour ceux qui envisagent la Race Ultra 2 sur des formats très longs, voici les deux usages prioritaires à retenir :

  1. Trails intermédiaires de 50 à 80 km sur terrains vallonnés et peu techniques : c'est là que le rapport amorti/légèreté/durabilité exprime le mieux son potentiel.
  2. Ultras de 100 km à 100 miles sur parcours mix pistes/sous-bois : la résistance de la tige Matryx et le confort de la VFOAM+ compensent les limites en maintien latéral dès lors que le terrain reste raisonnable.
Femme et jeune fille rient ensemble en regardant un téléphone dans un jardinGroupe de jeunes gens riant autour d'une table au restaurant

Race Ultra 2 vs concurrentes : où se positionne vraiment Kiprun ?

La parenté avec les Salomon S/Lab Genesis est frappante, et pas seulement sur le plan visuel. Les deux modèles partagent une philosophie similaire : polyvalence d'allures, adaptation aux longues distances, équilibre entre amorti et réactivité. Mais chacune a ses propres qualités distinctives.

La Race Ultra 2 surpasse la Genesis sur l'amorti brut, le confort de voûte plantaire, l'adaptation aux conditions hivernales et humides, et le rapport qualité-prix (les S/Lab Genesis dépassent généralement les 200 euros). La Genesis prend sa revanche sur la stabilité en descente, le verrouillage du pied et la maîtrise des torsions latérales. Pour des sorties en montagne avec dénivelé conséquent et sections techniques, la Genesis reste clairement devant.

Face aux autres modèles Kiprun, la Race Ultra 2 occupe une niche précise. Elle n'a pas le dynamisme maximaliste des Kipsummit Race ou Kipsummit Max, et ne cherche pas à s'y substituer. Elle propose quelque chose de différent : une chaussure endurante, confortable sur la longueur, adaptée aux conditions changeantes. Ni trop molle, ni trop rigide. C'est un créneau pertinent, et Kiprun le tient avec sérieux.

Femme lisant un livre à une terrasse de café parisienFemme plantant des semis dans un jardin potager

Ce que la Race Ultra 2 change concrètement pour les traileurs longue distance

Si vous courez régulièrement des formats dépassant les 50 km, la Race Ultra 2 mérite une vraie considération. À 150 euros, elle intègre des composants (Matryx Evo, VFOAM+ avec procédé SCF, kevlar) qu'on ne trouve pas à ce tarif chez la concurrence. C'est un argument solide.

Voici comment aborder le choix de vos chaussures en fonction de votre profil :

  • Vous courez des ultras sur des parcours pas trop techniques avec alternance pistes/sous-bois ? La Race Ultra 2 est faite pour vous.
  • Vous avez les pieds larges ou qui gonflent en course ? La toe box généreuse et la construction unibody sont des atouts concrets.
  • Vous cherchez une chaussure qui tient dans le temps malgré une utilisation intensive ? Le Matryx Evo résiste remarquablement bien.
  • Vous courez souvent par mauvais temps ou en automne/hiver ? L'accroche polyvalente et la gestion de l'humidité sont de vrais points forts.

En revanche, si vos courses incluent beaucoup de monotraces pierreux, de dévers raides ou de descentes très techniques, réfléchissez à deux fois. Les limites en stabilité latérale et en verrouillage de pied ne sont pas anodines dans ces contextes. La Race Ultra 2 n'est pas une chaussure de montagne technique, et il vaut mieux l'accepter que de le découvrir au mauvais endroit.

Le verdict final est nuancé mais globalement positif. Ce n'est pas une chaussure parfaite. Ses défauts en maintien et en stabilité sont réels et auraient mérité un meilleur traitement de la part des ingénieurs Kiprun. Mais ses qualités en amorti, légèreté, durabilité et polyvalence d'allures en font une proposition sérieuse et cohérente pour les ultra-traileurs qui évoluent sur des terrains variés sans chercher l'extrême technique. À 150 euros, c'est probablement l'une des meilleures affaires du moment dans la catégorie ultra-trail accessible, pour peu que vous correspondiez au profil ciblé.

// Auteur

Milan

Milan est journaliste sportif et ancien compétiteur dans la trentaine. Il couvre le running, le trail, le cyclisme et les sports d'équipe avec un regard de terrain et un ton dynamique.

Spécialiste des tests de matériel et de l'analyse de la performance, il allie expérience pratique et rigueur journalistique pour guider les lecteurs. Toujours en tenue outdoor, il rapporte ses essais depuis les sentiers, les routes et les stades.

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