Présentée en grande pompe lors de l'UTMB 2025, la Hoka Mafate 5 débarque après une longue attente : la Mafate Speed 4 remontait à fin 2022, soit trois ans d'écart. Ce délai inhabituel laissait présager une refonte substantielle. Spoiler : ce n'est pas un simple lifting.
Premier signal fort, le mot "Speed" disparaît de l'appellation. Hoka assume clairement une orientation vers le confort maximal et les efforts prolongés, au détriment de la réactivité. Ce positionnement prend encore plus de sens avec la sortie simultanée de la Mafate X, version carbon-plated un peu plus dynamique, qui récupère en quelque sorte le segment des coureurs cherchant un brin d'efficacité mécanique. La Mafate 5, elle, vise un autre public.
| Caractéristique | Homme | Femme |
|---|---|---|
| Poids | 332 g | 286 g |
| Drop | 8 mm | 8 mm |
| Stack talon | 44 mm | 44 mm |
| Prix | 190 € | 190 € |
| Catégorie | Ultras et longues distances | |
Voici un aperçu rapide avant d'entrer dans le détail :
Points forts :
- Accroche remarquable sur sols gras et terrains humides
- Protection exhaustive des pieds (pare-pierres, renforts latéraux, coque talonnière)
- Coussin plus souple et plus enveloppant que sur la version précédente
- Maintien arrière solide, talon bien calé dans la chaussure
- Bonne économie musculaire sur la durée grâce au midsole généreux
Points faibles :
- Languette rigide qui génère des frottements, surtout en descente
- 332 grammes : clairement lourd, ça finit par se ressentir
- Revers du col qui s'effilochent dès 120-130 km
- Inadaptée aux rythmes intermédiaires, encore moins au roulant express
Un midsole transformé : plus haut, plus doux, plus protecteur
C'est sans doute la mutation la plus radicale entre la version 4 et celle-ci. Le stack au talon grimpe de 7 mm pour atteindre 44 mm (contre 37 mm sur la Mafate Speed 4). À l'avant, on est désormais à 36 mm, ce qui donne un drop de 8 mm. Exit donc le drop de 4 mm qui caractérisait les anciennes Mafate. Hoka a manifestement décidé de rompre avec sa tradition du faible drop sur ses modèles trail : la Challenger 8 et la Mafate X confirment ce virage amorcé en 2025.
Pour situer ces chiffres dans la gamme : la Mafate 5 n'est plus le modèle le plus maximaliste chez Hoka trail. Ce titre revient désormais aux Mafate X et leur stack de 49 mm, proprement stratosphérique. La Speedgoat 6 et la Tecton X 3, elles, plafonnent à 40 mm. La Mafate 5 se positionne donc entre les deux, avec une proposition clairement orientée protection et amortissement.
La composition du midsole repose sur un principe de double densité de mousses, revu dans sa formulation. La couche inférieure est en EVA classique, peu dense, dont le rôle principal est d'absorber les chocs. Au-dessus, une mousse EVA supercritique infusée de PEBA, plus dense, censée apporter retour d'énergie et stabilité. Sur le papier, c'est séduisant. À l'usage, j'ai surtout ressenti l'effet amortissant de l'ensemble, avec un toucher nettement plus moelleux qu'avant, particulièrement au talon.
Comparé aux Mafate X, le coussin est ici plus souple car la plaque carbone de ces dernières rigidifie l'ensemble. Face aux Speedgoat 6, la différence de philosophie est claire : là où la Speedgoat rebondit, la Mafate 5 absorbe. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est simplement deux approches différentes de l'ultra. Hoka a clairement misé sur la préservation musculaire dans la durée : le midsole filtre énormément les aspérités, la voûte plantaire reste bien stabilisée, et le talon atterrit sur un matelas épais qui lui évite les chocs brutaux.
Une précision significative : le drop à 8 mm réduit mécaniquement la sollicitation des mollets. Sur un 100 miles, ça peut faire une vraie différence. Mais la contrepartie est nette : on se retrouve très haut perché, très coupé des sensations du sol. C'est le deal habituel avec Hoka, mais encore plus prononcé ici. Et franchement, si vous cherchez un feedback terrain, passez votre chemin.
Autre conséquence directe : les Mafate 5 ne conviennent plus aux allures intermédiaires. La Mafate Speed 4 pouvait encore s'y aventurer par intermittence. Ici, attaquer sur l'avant du pied devient franchement inconfortable, et le profil élevé complique toute foulée dynamique. La chaussure est conçue pour "talonner", un point c'est tout. Si votre programme inclut des séances fractionnées ou des segments à rythme soutenu, orientez-vous ailleurs.

Semelle extérieure : le grip Vibram Megagrip dans sa meilleure version
Hoka reconduit son partenariat avec Vibram, et cette fois opte pour le Megagrip en version classique, non plus en Litebase comme sur la Mafate Speed 4. C'est une partie de l'explication au surpoids de 25 grammes entre les deux modèles (332 g contre 306 g). Le fabricant a vraisemblablement fait ce choix pour maintenir le tarif à 190 euros, plutôt que d'alourdir la facture pour le consommateur.
Les crampons conservent leur hauteur de 5 mm et leur technologie Traction Lug (micro-aspérités en surface). En revanche, leur disposition change : moins agressifs, plus espacés, avec des cavités plus profondes sous la semelle, spécialement à l'arrière. Constat concret : l'évacuation des débris et de la terre est encore meilleure qu'avant. Dans des descentes boueuses, la semelle se "nettoie" mieux en continu.
Sur le terrain, les qualités d'accroche restent polyvalentes. La chaussure se débrouille correctement sur sol dur. Mais c'est sur terrains meubles et sous-bois humides qu'elle se distingue vraiment : combinaison de crampons épais et de grande surface d'appui, le grip est impressionnant même par temps de pluie. J'ai retrouvé le même niveau de confiance que sur la version précédente dans les grosses descentes détrempées. Sur roches lisses et racines mouillées, le composé Vibram fait également son travail sans surprise.
Pour comparer directement : la Mafate 5 surpasse la Speedgoat 6 sur terrains gras. C'est un bénéfice concret pour les courses hivernales ou les trails de montagne automne-printemps. Le choix entre chaussures imperméables et non imperméables pour la montagne reste un débat à part entière, mais une semelle aussi performante sur sol mouillé constitue déjà un atout sérieux dans des conditions dégradées.


Comportement en montagne et terrains techniques
La Mafate 5 préserve son identité de chaussure montagne. La protection des pieds est très complète : pare-pierres rigide à l'avant, nombreux éléments rigides sur les flancs (renforts, bandes TPU), coque talonnière renforcée avec insert TPU. Les malléoles sont mieux protégées ici que sur une Speedgoat 6, ce qui n'est pas anodin sur des terrains caillouteux.
La stabilité est correcte, compte tenu du profil très haut. Elle reste inférieure à celle d'une Speedgoat 6 et sans commune mesure avec une Torrent 4. Mais elle surpasse nettement les Mafate X, qui ont une fâcheuse tendance à partir en vrille latéralement. La nouvelle configuration des crampons améliore légèrement la tenue sur terrains irréguliers : dans les passages avec gros cailloux ou ornières, la chaussure reste relativement stable.
| Modèle | Stack talon | Drop | Point fort |
|---|---|---|---|
| Mafate X | 49 mm | Non précisé | Dynamisme (plaque carbone) |
| Mafate 5 | 44 mm | 8 mm | Amorti et grip humide |
| Speedgoat 6 | 40 mm | Non précisé | Rebond et stabilité |
| Tecton X 3 | 40 mm | Non précisé | Dynamisme plaque carbone |
La rigidité de la semelle reste un défaut persistant. Dans les monotraces sinueux avec changements de cap permanents, la chaussure manque de flexibilité au médio-pied. On sent des tensions, on perd un peu en naturel. Et le gabarit imposant complique les choses dans les sections très alpines : on frotte contre les roches, on bute sur les racines, on perd en précision. C'est inhérent au modèle, mais il faut en être conscient avant d'inscrire un GR20 ou une Échappée Belle à son calendrier.
Sur le roulant et les pistes plates, c'est pire : les Mafate 5 "tapent" franchement. Elles ne sont tout juste pas faites pour ça. Des Challenger 8 ou même des Mafate X s'y comportent bien mieux.

L'empeigne : un bilan mitigé entre bonnes intentions et finitions discutables
Hoka a abandonné le mesh jacquard des Mafate Speed 4, jugé trop fragile, pour adopter un mesh monocouche synthétique. La structure globale de l'upper est renforcée par de multiples thermocollages (bandes plastiques, logos) au médio-pied et à l'arrière, tandis que la coque talonnière bénéficie d'un insert TPU supplémentaire, avec une forme volontairement proéminente en "siège baquet".
Au talon, le maintien est superbe. Le pied est bien empaqueté, ne bouge pas, ne frotte pas. C'est même légèrement supérieur à ce que propose une Speedgoat 6 à l'arrière. À l'avant, le mesh flexible enveloppe correctement sans créer de points de pression. Autre bonne nouvelle : la toe box a été élargie, notamment en hauteur. Les pieds qui gonflent après plusieurs heures d'effort apprécieront, et les gabarits larges trouveront ici plus d'espace qu'avec la version précédente.
La respirabilité s'améliore également par rapport aux Mafate Speed 4, surtout à l'avant. L'humidité s'évacue mieux, le séchage est plus rapide. C'est une vraie progression.
Mais voilà le bémol : la languette. Elle est trop rigide. Dans les descentes, elle frotte sur le dessus du pied. Lors de mes premières sorties, c'était franchement gênant. Elle s'assouplit un peu avec l'usage, mais les frottements réapparaissent ponctuellement sur les longues sorties. Pour un modèle à 190 euros dessiné pour les ultras, c'est une erreur de conception difficile à excuser. Hoka s'est vraiment loupé sur ce point.
Autre faiblesse identifiée : les revers du col commencent à s'effilocher dès 120-130 km. Le reste de l'empeigne se comporte bien (le mesh résiste aux frottements et aux chocs, quelques petits plis apparaissent à l'avant mais sans conséquences), mais cette dégradation prématurée des cols est regrettable. On note en revanche l'ajout d'attaches pour guêtres au talon, pratique pour les coureurs qui fréquentent les terrains poussiéreux ou enneigés, et des rebords de languette suffisamment larges pour bloquer les débris.
| Critère | Profil idéal |
|---|---|
| Type de terrain | Sentiers meubles à techniques, sous-bois, alpages |
| Format de course | Ultras et formats dépassant 90-100 km |
| Gabarit coureur | Intermédiaire à lourd |
| Type de foulée | Talonneur, rythme lent à très lent |
| Morphologie du pied | Standard à large |




Pour qui sont vraiment faites ces chaussures ?
Soyons directs. La Mafate 5 n'est pas une chaussure pour tout le monde, et elle n'essaie d'ailleurs pas de l'être. Son profil cible s'est précisé, voire rétréci, par rapport à la version précédente.
Voici les coureurs qui en tireront le meilleur parti :
- Les ultra-trailers engagés sur des distances dépassant les 90 km, à la recherche d'un maximum de préservation musculaire
- Les pratiquants de rando-course et de longues sorties en endurance fondamentale sur terrains variés
- Les coureurs aux gabarits intermédiaires à lourds, dont les pieds gonflent au fil des heures
- Les adeptes des conditions hivernales et humides, qui ont besoin d'un grip fiable en toutes circonstances
À l'inverse, les coureurs cherchant de la réactivité, évoluant sur des terrains très alpins et techniques, ou voulant maintenir des allures soutenues sur des sections de roulant trouveront cette chaussure trop engoncée, trop lourde, trop peu précise. Dans ce cas, la Speedgoat 6 ou la Mafate X seront plus appropriées selon le terrain visé.
32 grammes de plus par rapport à la Mafate Speed 4, un poids total de 332 grammes : ce n'est pas anodin. Sur un 100 miles, les chevilles et les genoux finissent par ressentir cette masse supplémentaire. Mais pour un coureur lent sur formats extrêmes, l'économie musculaire procurée par le midsole compense largement ce handicap pondéral.


Mafate 5 ou Mafate X : deux chaussures pour deux logiques différentes
La question revient souvent depuis la sortie simultanée des deux modèles. La réponse est plus élémentaire qu'il n'y paraît : ce ne sont pas deux chaussures en concurrence directe.
La Mafate X, avec sa plaque carbone et son stack de 49 mm, cible les coureurs qui veulent de l'efficacité mécanique sur des formats ultra. Elle est plus dynamique, mais aussi moins stable latéralement et avec un coussin plus rigide. Elle convient mieux aux terrains roulants ou peu techniques où l'on peut exploiter la propulsion de la plaque.
La Mafate 5, elle, mise tout sur le confort pur, la protection et l'accroche tous terrains. Son midsole plus souple et sa semelle Vibram Megagrip classique la rendent plus polyvalente sur les sentiers humides et techniques. Si votre ultra ressemble davantage à une traversée alpine boueuse qu'à une course sur piste roulante, la Mafate 5 sera le meilleur choix des deux.
Les deux chaussures se rejoignent sur les compétitions de plus de 90-100 km : ce sont les deux références Hoka sur ces formats. Mais les contextes d'utilisation optimaux restent distincts.
Ce que cette chaussure dit de l'évolution de Hoka
La Mafate 5 illustre parfaitement la stratégie que Hoka développe depuis 2025 : segmenter davantage sa gamme trail pour répondre à des besoins très précis, plutôt que proposer des modèles couteaux-suisses. La suppression du terme "Speed" dans l'appellation n'est pas un accident de communication, c'est un signal.
Hoka assume un positionnement "grand public trail" et "confort maximal" pour la Mafate 5, tout en confiant le segment dynamique aux Mafate X et aux Tecton X. Pour les coureurs occasionnels qui s'inscrivent à leur premier 100 km, ou pour les vétérans qui préfèrent finir debout plutôt que vite, cette philosophie a du sens.
Ce qu'il faut surveiller à l'usage : les finitions de l'empeigne. À 190 euros, des cols qui s'usent sous les 130 km et une languette rigide, ça interroge sur le contrôle qualité. Hoka dispose clairement du savoir-faire pour corriger ça. Une version 5.1 ou 6 qui adresserait ces deux points tout en conservant les qualités du midsole deviendrait probablement la référence incontestée de l'ultra trail amorti. En attendant, elle reste une chaussure recommandable, à condition de partir avec les yeux ouverts sur ses limites.
// Auteur
CecileCecile est coach sportive et préparatrice physique dans la trentaine, spécialisée en musculation, renforcement et cours collectifs (HIIT, biking). Elle accompagne ses clients avec des programmes personnalisés et des conseils de nutrition sportive pour optimiser performance et récupération.
Son approche est motivante et pédagogique : toujours en tenue de sport et le sourire dynamique, elle rend l'effort accessible et durable. Suivez ses conseils pour progresser en confiance et atteindre vos objectifs.